Quelques objections à la vie monastique

Les Saintes martyres carmélites de Compiègne ont dû faire face aux mêmes critiques, objections et interrogations… mais à une époque où l’intolérance a pris une ampleur plus dramatique.

 Nous allons essayer de répondre à trois des principales incompréhensions que notre vocation soulève. Ce faisant, nous espérons aussi rendre plus claires l’utilité de notre vie, notre présence au monde et la façon dont nous aidons notre prochain.

Chères sœurs contemplatives, sans vous, qu’en serait-il de l’Église et de ceux qui vivent dans les périphéries de l’humain et travaillent aux avant-postes de l’évangélisation ? L’Église apprécie beaucoup votre vie entièrement donnée. L’Église compte sur votre prière et votre offrande pour porter aux hommes et aux femmes de notre temps la bonne nouvelle de l’Évangile. L’Église a besoin de vous ! Il n’est pas facile que ce monde, obéissant au moins dans sa grande partie à des logiques de pouvoir, économiques et consuméristes, comprenne votre vocation spéciale et votre mission cachée, et pourtant, il en a immensément besoin. (…)

~ Vultum Dei Quaerere, Pape François, 29 juin 2016, point n°6.

 2) Pourquoi « s’enfermer » ?

 Ce qui choque bien souvent nos contemporains – amis et familles compris – c’est notre clôture. Cela peut se comprendre !

 Cette clôture existe pour nous soutenir dans notre tâche. Comme nous l’avons vu avant, les moines et les moniales sont les “délégués” de la prière devant Dieu pour toute l’humanité. Ils sont là pour prier pour celles et ceux qui ne prient pas, pour croire pour les gens qui ne croient pas et demander le don de la foi pour eux, pour espérer pour ceux qui ne le font plus et afin de leur obtenir le don de l’espérance, pour aimer et louer Dieu pour ceux qui ne Le connaissent pas ou ne L’aiment pas. Comme l’avait écrit notre sœur sainte Thérèse Bénédicte de la Croix (Edith Stein) à un ami juif :

 Qui entre au Carmel n’est pas perdu pour les siens, bien au contraire, il leur profite, car c’est notre rôle de nous tenir devant Dieu pour tous.

Puisque cette mission est exigeante – puisque beaucoup sont ceux qui ne croient plus, ne prient plus, n’espèrent plus, n’aiment plus et que nous nous soucions d’eux – nous essayons de prier et d’intercéder de la façon la plus parfaite possible.

 Tous ceux qui ont déjà essayé de prier savent que le silence et la solitude sont des moyens très utiles pour le faire, contrairement au bruit et à l’agitation. Notre « enfermement » nous assure ces moyens. Et c’est bien en ce sens, que paradoxalement, notre séparation est la preuve même du sérieux de notre souci du monde : preuve que l’on ne prend pas notre charge à la légère et que nous essayons de faire tout ce que nous pouvons pour bien accomplir notre mission.

 3) Ne serait-ce pas plus utile d’aller parler de Dieu au monde ou bien d’aider les pauvres ?

La vie contemplative monastique, qui se décline en grande partie au féminin, s’est enracinée dans le silence du cloître, produisant des fruits précieux de grâce et de miséricorde. La vie contemplative féminine a toujours représenté dans l’Église et pour l’Église le cœur priant, gardien de gratuité et de riche fécondité apostolique, et a été témoin visible de sainteté mystérieuse et multiforme.

~ Vultum Dei Quaerere, Pape François, 29 juin 2016, point n°5.

 En tant que chrétiens, nous savons que l’amour de Dieu va de pair avec l’amour du prochain. Jamais l’un sans l’autre ! Nous savons aussi que notre monde ne se résume pas seulement à sa dimension visible et matérielle.

 Notre époque semble avoir oublié cette dimension invisible (spirituelle) de la vie : puisqu’on ne la voit pas, on pense qu’elle n’existe pas. Mais nous, les chrétiens, nous croyons à son existence comme nous le professons chaque dimanche dans notre credo : « Je crois en un seul Dieu, le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible… »

 Puisque le monde possède ces deux « dimensions », il y aura aussi deux façons d’agir sur celui-ci et de venir en aide à son prochain :

  • Une manière visible (aide matérielle, soin, éducation, etc.), qui est très importante, car l’Homme est un corps qui a des besoins et nous devons travailler pour y subvenir.
  • Une manière invisible, car L’Homme est aussi une âme, qui elle aussi a des besoins. Voilà précisément le champ de l’exercice de l’action et de la charité des moines et des moniales !

 Parce que nous agissons principalement sur cette dimension invisible, il est normal que le fruit de notre vie soit aussi difficile à mesurer. Nous sommes notamment là pour implorer la grâce divine et intercéder pour l’Église et le monde. Pour cette raison, si nous enlevons le regard de foi, notre vie n’a pas de sens. Ce n’est qu’avec la foi que l’on peut appréhender la vocation contemplative, sa beauté et surtout son utilité. On ne pourra jamais mesurer avec des critères humains l’efficacité de la vie d’une moniale.

 Toujours dans cette dimension invisible, la foi nous dit qu’un jour, « au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’Amour » (St Jean de la Croix). Ainsi, l’une de nos missions – en plus d’intercéder pour les vivants – est de prier pour les défunts : connus, inconnus, oubliés de l’histoire, pauvres et riches…

 Pour autant, notre choix d’agir sur le spirituel ne nous coupe pas du monde matériel dans lequel nous vivons ! Au contraire, nous savons que notre monde est vaste et magnifique ! Mais nous savons aussi que beaucoup de personnes s’éloignent de Dieu ou ne l’ont jamais connu et nous désirons qu’elles s’ouvrent à Lui pour qu’elles sachent de quel amour elles sont aimées ! Si les paroles sont importantes, elles ne suffisent pas toujours. Si les missionnaires sont nécessaires, ils ne sont pas assez nombreux pour couvrir la totalité de notre planète. Il y a une chose qui peut aller partout, en tout temps, en tout lieu et qui est indispensable : la prière.

 Par elle et par nos sacrifices, nous voulons attirer la grâce de Dieu sur les âmes et sur le monde entier, comme l’Église nous l’enseigne et nous le demande. C’est cette grâce qui prédispose les cœurs à recevoir la Parole de Dieu et lui fait porter du fruit. C’est elle qui change des vies. Nous sommes là pour l’implorer par notre prière, notre offrande et notre amour pour toute l’humanité sans distinction !

 Si nous avons la foi, nous savons que ce qui touche l’âme et le salut sont les réalités les plus importantes, et en ce sens, nous pouvons dire qu’une vie tout consacrée à cette mission sera la vie donnée la plus utile. L’Église l’exprime bien lorsqu’elle proclame notre sœur carmélite, Sainte Thérèse de Lisieux : « Patronne des missions et des missionnaires » sans jamais avoir quitté son cloître. En le faisant, l’Eglise rappelle à toute l’humanité l’efficacité et l’utilité de la vie contemplative ; que ce qui est invisible à l’œil est bien souvent essentiel !

 Le Pape Pie XI, dans sa lettre Umbratilem, adressée aux Moines chartreux, en parle d’ailleurs en disant :

L’excellence de l’état contemplatif, efficacité de l’intercession des moines : Ceux qui dans l’ombre mènent par état une vie de solitude, loin du vacarme et des folies du monde, (…) pour demander à Dieu par d’ardentes et constantes prières l’épanouissement et l’extension chaque jour plus grande de son règne (…) ceux-là, il faut assurément le proclamer, ont choisi, comme Marie de Béthanie, la meilleure part. Il n’est point de condition ni de vie plus parfaite, en effet, qui se puisse proposer au choix et à l’ambition des hommes, si le Seigneur y appelle. Par leur union très intime avec Dieu comme par leur sainteté intérieure, les adeptes de cette vie cachée dans le silence des cloîtres contribuent grandement à soutenir l’éclat de sainteté que l’Épouse immaculée du Christ offre aux regards et à l’imitation de tous. (…) Ceux dont le zèle assidu se voue à la prière, bien plus encore que les ouvriers appliqués à cultiver le champ du Seigneur, contribuent au progrès de l’Église et au salut du genre humain; car s’ils ne faisaient point descendre du Ciel l’abondance des grâces divines pour arroser ce champ, les ouvriers évangéliques ne tireraient de leur travail que de bien plus maigres fruits.

~ UmbratilemPape Pie XI.

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L’utilité des moines et moniales

Les contemplatifs s’offrent et sont consacrés pour la gloire de Dieu et le salut du monde

Notre utilité est donc de coopérer au salut du monde que Dieu aime tant et veut sauver ; nous participons à l’oeuvre rédemptrice du Christ, qui nous sauve par sa Passion, sa Mort et sa Résurrection.

 Si l’on fait abstraction de cette réalité, comme nous l’avons déjà mentionné, alors notre vie n’a aucun sens. Mais si l’on croit et si l’on prend au sérieux ce que la foi nous enseigne, alors se consacrer corps et âme au salut de tous par le grand moyen de la prière et de l’intercession est la mission la plus importante et la plus belle qui puisse être !

 Et les carmélites ?

Dans le cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’amour !

~ Sainte Thérèse de Lisieux, moniale carmélite, en parlant de sa vocation

 Pour parler de l’Église, Saint Paul utilise l’image du corps humain. Si nous reprenons cette image, nous pouvons dire que personne ne dirait que dans le corps humain, il n’y a que les membres visibles qui travaillent : les yeux, les mains, les pieds, etc. Nous savons tous que sans les organes, qui sont cachés à la vue, un corps ne peut pas fonctionner. Dans le Corps du Christ qui est l’Église, la carmélite est appelée à prendre place comme un organe invisible, mais précieux : le cœur.

De même que le cœur est vital pour la vie du corps, la vie monastique est vitale pour l’Église et pour le monde.

 Si vous voulez en connaître davantage sur notre vie concrète, vous pouvez la découvrir sur la page : notre vie.