Notre vie carmélitaine possède trois grandes caractéristiques :
1) Une vie à la fois cénobitique et érémitique
La vie cénobitique est une vie en communauté. La vie érémitique, elle, est une vie de solitude où l’on vit uniquement dans la prière et la contemplation. Comment est-il possible que la vie carmélitaine contienne les deux et comment cela se traduit-il concrètement ?
Pour bien le comprendre, il faut remonter aux origines de l’Ordre: des hommes venus de différents pays, qui désiraient vivre seuls avec Dieu seul, mais qui pour s’entraider à vivre ainsi, se sont regroupés les uns près des autres sur le Mont Carmel au XIIIe siècle. Voilà comment tout a commencé !
Nous vivons donc encore aujourd’hui cette vie communautaire très profonde – les repas sont pris en commun en silence tandis que le plus souvent une sœur fait la lecture, il y a deux heures de récréations toutes ensemble par jour, ainsi que les Offices, des temps d’oraison et la messe que nous vivons en communauté -, et à la fois une vraie vie de solitude qui se manifeste par divers aspects : le plus souvent nous travaillons seules, nous avons des temps de retraite personnelle, nous essayons de vivre dans un climat de silence et de recueillement, nous avons de nombreux oratoires ou « ermitages » dans la maison et le jardin où nous pouvons nous recueillir librement…

2) Une vie de famille
Il y a différentes formes de vie communautaire. Chez nous, au Carmel, notre vie commune prend la forme d’une vraie vie de famille.
Pour nous connaître et nous aimer, nous avons ce que nous appelons les récréations. Ce sont des temps durant lesquelles toutes les sœurs se retrouvent pour échanger, rire, s’amuser mutuellement et donc se « recréer » ensemble sous le regard de Dieu.
Comme l’a si bien exprimé Sainte Thérèse d’Avila dans son Chemin de perfection (chapitre 4,7): « Ici, toutes doivent être des amies, elles doivent toutes s’aimer, elles doivent toutes se chérir, elles doivent toutes s’entraider ». Elle désirait également, contrairement à ce qui se vivait dans son Carmel (non-réformé) d’origine et dans d’autres Ordres de l’époque, que le nombre de religieuses soit limité par monastère, afin que toutes puissent bien se connaître et développer des liens solides. Comme dans une famille !

3) Une vie dans la « clôture »
Pour mener à bien notre apostolat de prière pour le monde, la vie en clôture est à la fois un désir et une nécessité. Pour mieux comprendre le rôle d’une moniale, vous pouvez consulter la fin de notre notre page « quelques objections à la vie monastique » .
La séparation du monde, représentée par la clôture papale, n’est pas faite pour nous « empêcher de sortir » ni pour nous « emprisonner » comme nous l’entendons malheureusement trop souvent… La clôture est en réalité à notre service en agissant comme un rempart pour empêcher, autant que possible, l’esprit du monde de rentrer, et avec lui le bruit, l’agitation, la discorde, etc.
Nous venons au Carmel pour nous blottir, nous cacher en Dieu comme un enfant contre sa mère et être au plus près de Lui : dans son cœur. Nous voulons aussi prier ensemble pour le monde, car la prière est l’apostolat de la carmélite ! C’est l’amour qui compte et c’est en celui-ci que nous voulons grandir ensemble.
En chacune d’entre nous, bien que cela puisse avoir fait peur durant un moment, un désir profond de tout quitter pour être « seule avec Dieu seul » s’est révélé en nos cœurs. Et nous en faisons l’expérience : la clôture nous aide à réaliser ce désir ! C’est pour cette raison que nous la choisissons et la gardons.
Un grand désir de contemplation, de prière et d’intercession joint à un grand désir d’apostolat et un grand souci du salut de tous. Un désir de rejoindre chacun et pourtant de n’être que pour le Seigneur, d’être vue et connue de Lui seul. Un grand désir de solitude joint à un désir d’une vie fraternelle profonde et authentique… Tous ces désirs qui peuvent sembler inconciliables et qui pourtant se tiennent ensemble dans l’âme correspondent à la vocation de carmélite.

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